(…) A l’école, je découvre qu’ils font des concours pour avoir des points. Avec ces points, j’imagine qu’ils achètent des choses : comme je n’ai besoin de rien, je ne le saurais jamais. Des bons de réduction ! Ils vont finir lilliputiens ! J’y étais si peu présente , Tu te souviens ? C’est parce que le mouvement ne s’arrête jamais, abracadabra, manche à balais et me voilà ailleurs !
Pendant ce temps, lui nous tirait vers le soleil, le sud oublié. Les pins couchés, leur odeur de linge frais, le calcaire blanc des roches, le lapis lazulis des profondeurs… Ce paradis promis ne nous suffisait-il pas ? Et bien, le paradis est un monde de bien-être immuable, immobile, statufié et cela a peu à voir avec les ciels violets qui se penchent sur ma tête et m’accompagnent en grondant dans mes promenades comme on dit : « Place ! Place! », avec des énergies brouillonne de poulain nouveau né… C’est beaucoup plus sérieux, le paradis, cela n’a rien d’incantatoire, c’est pour quand je serais plus grande paraît-il : c’est la beauté. Non pas le désordre vital des choses en création, le chaudron où tout bout, mais l’aboutissement, la création elle-même. Cela ne nous suffit pas que le paradis ? En voulait-on encore que voilà un son de cigale. Et bien le son des cigales, ce sont les grains de sable que l’on renverse et retourne – les cigales jouent de la samba ?!! – et les mouettes, des planeurs, flottant sans effort, maîtres des airs. Qu’y-a-t-il de plus malin qu’un gabian? Moi qui les interroges en linguiste de terrain de jeux, puis-je imaginer un ciel sans nuages ? Tout cela nous attendait. Le paradis. Il nous séduisait, il nous tirait vers le soleil, tu te souviens, nous allions partir puisqu’il était irrésistible, alors abracadabra, manche à balais ! Je suis déjà ailleurs.
Tu y retrouveras le sud de ta naissance, l’armoire de famille en dot, celle que tu ne veux pas ouvrir. L’exotisme de ta patrie a un parfum de naphtaline. Nous partirons et cette fois, il t’emmènera. Tu pourras même m’emmener aussi, et le couvre-lit, la commode de l’entrée. Il faut 9 ans pour fabriquer une sorcière, au bout de 9 ans, j’emmènerai les orages, les insectes, le vent dans les branches des arbres, l’art de croquer les cerises, tout ce que je possède et tout cela te protégera, à travers moi, puisque cela t’appartient. Une malle aux trésors, inépuisable, qui te suivra. Parfois la mer, le ciel ne sont plus délimités, dans cette immensité, que par la lumière : le paradis. Le monde entier déboulait du haut du chemin dans la maison à chaque fois qu’il nous parlait, tu te souviens ? Tu ne m’avais jamais parlé des villes, je ne savais donc pas que je ne les aimerai pas mais que je t’y suivrai pourtant sans penser au retour, malle aux trésors. Ceux qui y vivent – certains y sont nés ! – ont de la poussière qui tombe de leurs fenêtres, je ne les comprends pas. Ils parlent réussites, je parle chat, nuage, la couleur de ta robe – ma préférée – bleu nuit, étoilée de marguerites, derrière toi – c’est moi qui me souviens – les champs de blé, leur parfum de paille, il y a tant de cerises sur un arbre qu’on ne les mangera pas toutes.
Lui, quand il s’endormira au soleil sera comme les abricots, heureux, mûr d’un seul côté (…)
