Le blog de l'oiseau qui pépie.

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  • Mésaventure

    Allant de blog en blog, c’est sur cet espace que je me rapatrie aujourd’hui. L’endroit à l’air sympathique, vous ne trouvez pas ?

    Il faut dire que jamais je n’ai su oublier l’heure de la migration, tel un rappel atavique signant pour moi l’ordre naturel des choses. C’est pourquoi je reconstruis sans arrêt mon nid.

    Mais voilà que par ironie du sort, le vent m’amène soudain au bout du monde : ne devrait-on pas alors entendre qu’il est temps de s’arrêter ? Or, s’il me semble que l’on ait des aventures que pour tromper l’ennui, y finirai-je comme cet inattendu qui ne change rien, encagé comme un oiseau des îles…?

    Heureusement, la transmission à parlé de nouveau. Avec son habituelle péremption oraculaire – d’une façon que je ne vous raconterai pas mais qui était rédigée à l’encre sympathique – elle nous conseille d’y muser tout simplement, sans s’inquiéter, tandis qu’il conviendrait également de partager mes talents avec les sieurs mes cousins, à la rythmique (é)mouvante. Ainsi, il me serait possible de pouvoir toujours partir en même temps que de rentrer à la maison.

    Donc, puisque l’injonction est à l’amusement, bienvenue à vous dans ce nouvel espace de ré-création.

    Portez-vous bien.

  • Danser à ma façon

    De cet espace, je me suis un peu absentée. C’est qu’il y a tant de choses à faire ! Au menu, pour moi, ce sera bouger, se mouvoir, danser, gigoter, se déplacer, partir et même parfois revenir… Des choses qui consistent à être soi-même.

    Venez cueillir parfois les fruits que moi et les miens vous offrons car – tout comme vous – ils font partie de l’arbre de la connaissance : ils ont pris forme et parlent d’expérience. Oui, les miens sont inconsistants, légers : ils jouent ou alors ils chantent ou alors ils dansent ou bien ils s’en vont sous d’autres cieux. Ils n’ont rien d’autre à faire et c’est ainsi qu’ils rayonnent. Ne cherchez pas, il n’y a rien à comprendre : ils font ainsi parce qu’ils ne font pas autrement. Sachez les reconnaître dans leur expression car je crois que nous avons besoin des talents de tous pour faire un monde.

    Voilà pourquoi il ne faudra pas compter sur moi pour vous confiez mes pensées. A la place, je vous confierai mes émotions. Et afin d’être sûre qu’elles aillent à l’adresse indiquée, j’attendrai votre réponse. Une fois reçue, je vous la renverrai à nouveau – en la reformulant de la façon la plus exacte possible – afin que vous puissiez l’attester. Et vous ferez de même et nous nous assurerons ainsi de nous être compris.

    Abracadabra. Ce sera notre formule magique, celle de l’entendement.

    Saurions nous mutuellement nous ensorceler ?

  • La mélodie des choses

    Le début de l’obscurité, quand l’eau miroite et scintille, sent l’herbe fraîche. Les ombres croissent et font écrin si bien qu’on dirait que le soleil est d’or. Sans cesse, cela bourdonne à vos oreilles. Là ! Cela frétille sous l’eau, et là encore ! Cela bruisse dans les branches, et là, là ! Ce sont des sons assourdis, emmêlés dans un long chuchotis, qui empliront la nuit lorsque l’horizon se sera totalement dissipé.

    C’est ainsi qu’est mon pays. Il est tissé de terre, de ciel et de vent. L’eau, fertilisant tout sur son passage, ruisselle dans les marais que traversent les chevaux blancs, chaloupant de leurs pas cadencés. Rien ne fonctionne isolément. Les hommes, dont il trace la morphologie, allient leur naturelle diversité dans un entendement unique dédié à la terre. De là est né un chant, seule parole capable de rendre compte d’une langue si vivante qu’elle ne reste jamais sans réponse.

    C’est seulement lorsqu’on veut y prendre toute la place que cette terre retombe dans le silence, et que meurt avec elle, la plénitude. Car c’est de la participation que vient la plénitude. Ici, on ne va nulle part, on s’y trouve, vous comprenez ? C’est pourquoi tout cherche à requérir votre attention : respiration, hululement, bruissement, écoulement, grattement, sifflement…. Tout communique et tout voudrait vous parler. Ainsi revêtu de tapage, tumulte, brouhaha, comme d’une peau. Ici -où prendre forme est un oubli de soi – il n’y a jamais de vide, jamais d’absence.

    Je ne sais exister sans ce pays qui me constitue, et c’est justement parce qu’il me constitue, que la joie d’être me protège pour l’éternité. Je ne pourrai donc faire autrement que de vous entraîner dans cet espace à la fois prolongement de moi-même et autre que moi. N’est-ce pas une fine plaisanterie que de créer le vivant ? Le voilà à répondre aussitôt dans un souffle.

    Cessez de monnayer la terre afin que votre rêve d’arriver quelque part s’achève. Alors lorsque tout sera à vous — comme cela a toujours été — passez donc nous écouter, venez célébrer avec nous ce chant tribal fait pour unir alors qu’il effraye tant qu’il reste la marque de l’étranger.

  • Le chant des voyageurs

    Parler plusieurs langues, voyager, habiter ailleurs

    Imagine…. Imagine que l’on ne puisse imaginer ni les rois et leurs descendants, ni les frontières… C’est alors que nous voyagerions avec limpidité. Allant droit devant, se laissant porter par les courants. Existerait-il encore un « chez nous » ? … Et y aurait-il encore un « ailleurs » ?

    Car il faut voir ces choses que l’on nous a apprises ! Serions nous capable de les reconsidérer afin de ne pas confondre les objets de création et le processus de création lui-même ? Toutes ces certitudes qui nous encerclent et qui, faute d’être réfléchies, laissant les autres choisir à notre place, deviennent servitudes. Peut-être que la seule chose que l’on ne nous ai jamais apprise est de désapprendre.

    Alors parler plusieurs langues, voyager, habiter ailleurs : mêler sans cesse le renouveau et la continuation pour ne jamais s’immobiliser afin que par la grâce de cette interdépendance, habiter ailleurs devienne tout également habiter ici. De l’entendement, c’est tout ce dont nous aurons besoin.

    A toi, je réserverai la langue inventée à force de vivre ensemble, celle qui parle du front têtu des taureaux, bêtes à cornes, ou encore de la mouette rieuse, planeur indépendant de ma volonté, bête sauvage, plume goguenarde, effleurant les rouleaux que forment les vagues qui sans arrêt nous portent ailleurs. Puis, il me faudra ce que l’on ne trouve pas chez les riches : des bouts de ficelles. Afin de faire tenir le tout et l’emballer en un paquet cadeau.

    A l’image de la course des planètes, nous nous devrons d’avoir une trajectoire, c’est pourquoi nous inventerons un art de vivre : je saurai la différence qu’il y a entre le plat du pied, la pointe et le talon afin de reproduire le réel — danser — et toi, tu joueras, tu chanteras de concert car cette terre sur laquelle nous ne faisons que passer, il nous faudra bien la conter.

  • La lignée

    Toujours, nous serons faits d’Autres : nouveau-nés et déjà, cela commence. Des pensées en sentiments, d’émotions en sensations, c’est ainsi que nous nous hausserons sur la pointe des pieds, de créature à créateur. De l’absence au désir, d’histoires en histoires, nous allons d’Autres en Autres – réels ou fantasmés – tels des assoiffés allant quérir de l’eau. Et ce mouvement perpétuel sera notre marque de fabrique. Une seule et même espèce, déclinée sous de nombreuses formes, avec l’ingéniosité de l’adaptation.

    Et puisque nous sommes là à parler, je vous dirai que chez moi, il n’y a que de l’eau. Toute la terre en est éclaboussée, tous y pataugent : hommes, plantes, bêtes. Entre mer, fleuve et marais, de l’eau à perte de vue, fendant périodiquement l’asphalte qui l’envahit. Et cette peau civile — qui la réduit à un produit transformé — doit sans doute l’étouffer pour qu’elle s’en défasse régulièrement avec des secousses patientes et sinueuses de serpent qui avance. Parfois, les bâtiments penchent, se fissurent, les routes s’amollissent et se trouent et, avec elle, c’est toute notre urbanité qui — comme un monde sur le déclin- penche, craque et se troue.

    Une terre basse, souvent brune et bleue, rose quand le vent s’annonce. De petits taureaux y vivent encore et ont des gouttelettes au bout de leurs pattes comme s’ils ne pouvaient résister à la tentation de jouer dans les flaques. Les hommes ont commencé à les imiter et à les poursuivre pour tenter de les attraper. Ils en ont fait un jeu et ont créé une langue — qui n’est pas académique — pour parler avec des points d’exclamation dans la voix (la passion, vous voyez).. Des accents, des mots qui n’existent nulle part ailleurs. Ce sont ces paroles que nous répéterons dans les chants, dans les danses pour festoyer, complices, de notre œuvre. Pour donner un peuple à cette terre qui ne connaît – sans la délimitation du pouvoir et des frontières – que ses propres échanges et le déplacement spontané des hommes.

    Cela signifie : « Si tu continues à danser, alors seulement je pourrais continuer de chanter. » Cri de douleur autant que de joie, cela aura probablement une fin, cela ne s’arrêtera jamais, qui peut le dire ?