Maintenant je vous raconte une histoire d’arbre car c’est ici mon emploi. Il fut donné pour un noyer. Il fut jeté peu de temps après aux encombrants en tant que marronnier. Je le récupérais à grands renforts de cris [Non, mais ça va, oui ?!!!] en tant qu’arbre. Néanmoins, il vaut mieux s’adresser directement au jardinier plutôt qu’aux gens assis : il s’avère être en réalité un merisier.
Et désormais que je suis très savante, je vous apprendrai doctement que le dit merisier peut faire un excellent porte boutures pour bigarreaux. Quelques trous dans ses jeunes feuilles ne rebutèrent point l’homme aux mains vertes : » Mais il faut bien que les insectes mangent » et son sourire amusé pour me dire : » Ne vous inquiétez, il sera bien ici « . Ici, c’est un grand parc où il coulera désormais des jours paisibles, aura beaucoup de petits bigarreaux et fera la fête de temps en temps comme savent le faire les merisiers. Aussi me voilà dispensée de trouver urgemment un stage pour apprendre l’art difficile du bonzaï afin de faire tenir un merisier dans un séjour, soit un éléphant dans une boite à chaussures.
Naturellement je n’ai manqué d’entendre par la bouche de l’un de ces hommes, que l’on croise parfois dans les couloirs, que mon énergie dépensée se fut trouvée mieux employée à aider mes semblables en détresse. Et le passant s’en alla sauver le monde tandis que j’étais enfin en mesure de comprendre pourquoi il y eût durant des mois un géranium mort sur des fenêtres voisines de mon appartement, aux jolis volets roulants conformes aux vœux du syndic : c’est parce que l’arrosage du géranium n’est qu’un art futile. Cela doit être pour cela qu’on nous offre souvent des fleurs, à nous les filles, afin que l’on sache conserver tel un parfum l’art délicat de la bagatelle.
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(*) Désylvalise : mot inventé désignant la protectrice des arbres, quitte à les aider à se déplacer.
